Prévention de l’hépatite B chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, Enquête rapport au sexe 2023
// Hepatitis B prevention among men who have sex with men, “Rapport au sexe” 2023 survey
Résumé
Objectifs –
Étudier, chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), le recours au dépistage et à la vaccination vis-à-vis du virus de l’hépatite B (VHB), le taux de positivité du dernier test et décrire leurs facteurs associés.
Méthodes –
Les données déclaratives de l’Enquête rapport au sexe (Eras), transversale, anonyme, réalisée en ligne en 2023, auprès d’HSH, ont été analysées. Le taux de vaccination est défini par le nombre d’HSH se déclarant vaccinés (≥1 dose) rapporté au nombre de répondants.
Résultats –
Parmi les 19 295 HSH, cis, trans ou non binaires, âgés d’au moins 18 ans, résidant en France entière et déclarant au moins un partenaire sexuel masculin au cours des 12 derniers mois, 53% ont indiqué avoir été dépistés pour le VHB au cours de cette période, dont 1% avaient un dernier test positif. En analyse multivariée, les facteurs les plus fortement associés au dépistage étaient la connaissance du statut VIH, le suivi régulier par un médecin abordant la santé sexuelle, l’âge inférieur à 45 ans, des pratiques sexuelles à risque récentes et la vaccination anti-VHB.
Le taux de vaccination anti-VHB était, pour l’ensemble des HSH, de 68%, et pour ceux ciblés par les recommandations vaccinales, inférieur à 80%, objectif fixé par la stratégie nationale de santé sexuelle d’ici 2030, à l’exception des HSH sous prophylaxie pré-exposition vis-à-vis du VIH (89%). En analyse multivariée, seules les variables sociodémographiques, dont l’âge ≥25 ans, et le recours aux soins, notamment en santé sexuelle, étaient associés à un meilleur taux de vaccination anti-VHB.
Conclusion –
Ces résultats montrent que la vaccination anti-VHB est insuffisante, notamment chez les HSH ciblés par les recommandations vaccinales. Pour atteindre l’objectif d’élimination 2030, une meilleure articulation entre dépistage et vaccination, et une offre de prévention plus adaptée aux spécificités de cette population restent nécessaires.
Abstract
Objectives –
To study the use of Hepatitis B virus (HBV) screening and vaccination among men who have sex with men (MSM), the positivity rate of the last test, and to describe their associated factors.
Methods –
We analysed declarative data from the “Rapport au sexe” (ERAS) survey, a cross-sectional, anonymous online survey conducted in 2023 among MSM. Vaccination rate is defined as the number of MSM reporting vaccination (≥1 dose) divided by the number of respondents.
Results –
Among the 19,295 MSM, cis, trans, or non-binary, aged 18 or older, living in France, and reporting at least one male sexual partner in the past 12 months, 53% reported having been tested for HBV during this period, of whom 1% had a positive last test. In multivariate analysis, the main factors associated with testing were knowledge of HIV status, regular follow-up by a physician addressing sexual health, age under 45, recent at-risk sexual practices, and HBV vaccination.
The vaccination rate was 68% for all MSM. For those targeted by vaccination recommendations, the vaccination rate was below 80%, which is the target set by the National Sexual Health Strategy, with the exception of MSM on HIV pre-exposure prophylaxis (89%). In multivariate analysis, only sociodemographic variables, including age ≥25 years, and healthcare utilisation, particularly for sexual health, were associated with better HBV vaccination uptake.
Conclusion –
Our results show insufficient HBV vaccination rate, particularly among MSM targeted by vaccination recommendations. To achieve the 2030 elimination goal, better coordination between screening and vaccination, and a prevention programme more tailored to the needs of this population remain necessary.
Introduction
L’hépatite chronique B est une infection du foie, avec des manifestations systémiques, liée au virus de l’hépatite B (VHB), qui se transmet principalement en France par voie sexuelle et sanguine. La prévalence de l’infection par le VHB, est estimée à 0,3% (intervalle de confiance à 95%, IC95%: [0,13-0,70]) en population générale adulte en France hexagonale en 2016 1. L’enquête Prevagay, réalisée en 2015 auprès d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) fréquentant les lieux de convivialité gays de cinq grandes villes françaises, a permis d’estimer une prévalence de l’infection par le VHB à 0,6% [0,2‑1,3] 2. Elle atteignait 1,5% [0,6-3,6] chez les HSH séropositifs pour le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et 1,4% [0,5-3,9] chez ceux rapportant une situation financière précaire.
La prévention de l’hépatite B repose principalement sur la vaccination qui cible d’une part, les personnes à risque élevé d’exposition au VHB (après dépistage), d’autre part, les enfants (vaccination obligatoire des nourrissons depuis 2018 avec rattrapage jusqu’à 15 ans) dans la perspective de contrôle à plus long terme de l’infection 3. Les groupes de transmission concernés par les recommandations de dépistage et de vaccination sont notamment les personnes ayant des relations sexuelles avec des partenaires multiples ou avec un partenaire infecté par le VHB, celles infectées par le VIH, le virus de l’hépatite C (VHC) ou ayant une infection sexuellement transmissible (IST) en cours ou récente, celles suivies dans un programme de prophylaxie pré-exposition (PrEP) vis-à-vis du VIH, les usagers de drogues par voie parentérale ou intranasale 3,4. Pour ces groupes, l’objectif fixé par la stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 est d’atteindre une couverture vaccinale anti-VHB de 80% d’ici 2030 5, afin de contribuer à l’élimination mondiale des hépatites B et C 6.
Si le médecin généraliste demeure un acteur clé pour le dépistage et la vaccination, l’offre s’est diversifiée au cours des dernières années, notamment avec la création des CeGIDD (centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic du VIH, des hépatites virales et des IST) et des centres de santé sexuelle, ainsi qu’avec l’autorisation d’utilisation des tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) par les associations communautaires.
Dans ce contexte, cet article a pour objectifs principaux d’étudier le recours déclaré au dépistage et à la vaccination contre l’hépatite B chez les HSH en France, et les facteurs associés à ces comportements préventifs, afin de contribuer à l’orientation des politiques publiques. Il s’agit aussi de décrire les facteurs associés à un résultat positif au dernier test de dépistage de l’hépatite B.
Méthodes
Source des données
Cette analyse s’appuie sur les données de l’Enquête rapport au sexe (Eras), réalisée en 2023, sous la responsabilité scientifique de Santé publique France, avec le soutien de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales – Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE). Eras est une enquête transversale, répétée, anonyme, auto-administrée en ligne auprès d’HSH 7. Les participants ont été recrutés à partir de bannières sur des applications de rencontres géolocalisées gays, des sites d’information affinitaires gays, et de manière ciblée sur les réseaux sociaux. Les critères d’inclusion étaient d’être un homme de 18 ans ou plus. Après avoir donné leur consentement éclairé, les participants complétaient le questionnaire.
Population d’étude
La population analysée est celle des HSH, âgés de 18 à 90 ans, résidant en France et déclarant au moins un partenaire sexuel masculin au cours des 12 derniers mois. Sont considérés comme HSH : les hommes (cis, trans ou les personnes assignées hommes à la naissance se considérant comme non binaires) se définissant comme homosexuel ou bisexuel ou déclarant au moins un rapport sexuel avec un homme au cours de leur vie.
Variables d’intérêt
Les trois variables d’intérêt étaient :
–le dépistage déclaré de l’hépatite B au cours des 12 derniers mois défini par une réponse positive à la question : « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous fait au moins un examen de dépistage pour l’hépatite B ? » ;
–la positivité déclarée du dernier test de dépistage de l’hépatite B définie par un résultat « positif (infecté) » indiqué par les répondants ayant affirmé un dépistage au cours des 12 derniers mois ;
–le taux de vaccination déclarée contre l’hépatite B, définie par le nombre d’HSH ayant répondu positivement à la question : « Êtes-vous vacciné contre l’hépatite B ? », quel que soit le nombre de doses, rapporté au nombre de répondants (dont ceux ignorant leur statut vaccinal). En effet, les données recueillies sur le nombre de doses et l’existence de différents schémas vaccinaux ne permettaient pas d’évaluer plus finement le niveau de protection vaccinale.
Pour l’étude des facteurs associés, les variables explicatives étaient :
–les caractéristiques sociodémographiques : âge, lieu de naissance, région et taille de la commune de résidence, niveau d’études, situation financière perçue ;
–les variables sur la socialisation : autodéfinition de l’orientation sexuelle, principales modalités de rencontres des partenaires sexuels au cours des 6 derniers mois (Internet ou applications gays ; lieux de convivialité : bars, discothèques, saunas, backrooms, sex clubs, vidéoclubs) ;
–les comportements sexuels et préventifs au cours des 6 derniers mois : nombre de partenaires masculins, type de relation, utilisation du préservatif lors des pénétrations anales avec un partenaire occasionnel, pratique du chemsex (consommation de substances psychoactives en contexte sexuel) avec ou sans injection ;
–les variables de santé déclarée :
–dépistage du VIH, de l’hépatite C et des IST (infections à chlamydia, gonocoques, syphilis et papillomavirus) au cours des 12 derniers mois ;
–statut vis-à-vis du VIH et l’usage de la PrEP ;
–vaccination déclarée (quel que soit le nombre de doses) contre le virus de l’hépatite A (VHA) et la Monkeypox (Mpox) depuis mai 2022 ;
–suivi régulier (au moins une fois par an) par un médecin (généraliste ou autre) abordant la santé sexuelle (prévention, dépistage du VIH/sida et des autres IST).
Analyses statistiques
Les associations entre les variables d’intérêt et les variables explicatives qualitatives ont été testées avec un test du Chi2 de Pearson. Les variables significatives au seuil de 20% ont été intégrées dans les modèles de régression de Poisson avec variance robuste. Les rapports de prévalence (RP) ont été présentés avec un intervalle de confiance à 95%. Les analyses statistiques ont été réalisées avec Stata® 16.0 (StataCorp, États-Unis).
Résultats
Caractéristiques de la population d’étude
Les 19 295 répondants, inclus dans l’analyse (figure), étaient majoritairement âgés d’au moins 30 ans (70,5%) et nés en France (93,4%) (tableau 1). Près des trois quarts avaient un niveau d’études supérieur au baccalauréat et 63,7% indiquaient être à l’aise financièrement.
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Agrandir l'imageIls s’identifiaient comme homosexuel pour 80,2% d’entre eux. Au cours des 6 derniers mois, 37,9% rapportaient au moins 6 partenaires masculins, 39,6% des pénétrations anales avec des partenaires occasionnels, sans utilisation systématique du préservatif, et 12,7% indiquaient une pratique du chemsex.
Un répondant sur 2 était suivi régulièrement par un médecin abordant la santé sexuelle. La proportion de répondants dépistés au cours des 12 derniers mois était de 53,0% pour le VHB, 54,4% pour le VIH, 54,3% pour le VHC et 57,5% pour au moins une autre IST. Un répondant sur 5 utilisait la PrEP au moment de l’enquête. Le taux de vaccination déclarée était de 67,5% pour le VHB, 52,6% pour le VHA et 29,7% pour la Mpox.
Dépistage déclaré de l’hépatite B
Le dépistage déclaré au cours des 12 derniers mois variait significativement selon l’âge (p<0,001), de 50,5% chez les 18-24 ans à 56,6% chez les 25-29 ans, et la taille de la commune de résidence (p<0,001) (tableau 2). Il était plus fréquent chez les répondants nés à l’étranger (61,9% versus 52,4% ; p<0,001). Le dépistage était plus de 2 fois plus souvent rapporté par les répondants régulièrement suivis par un médecin abordant la santé sexuelle (73,2% vs 32,0% ; p<0,001).
Agrandir l'imageLa réalisation du dépistage variait aussi selon le statut VIH et l’usage de la PrEP : 11,7% chez ceux ignorant leur statut sérologique, 74,6% chez les personnes séropositives et 84,7% chez les personnes séronégatives sous PrEP (p<0,001). Il était moins souvent rapporté par les répondants non dépistés pour une IST au cours des 12 derniers mois (9,0%) que par ceux dépistés (85,7%). Le dépistage était plus fréquent chez les hommes multipartenaires (62,2% vs 32,9%, p<0,001) et chez ceux ayant pratiqué le chemsex au cours des 6 derniers mois (70,1% vs 50,6%, p<0,001).
En analyse multivariée, se déclarer dépisté pour l’hépatite B au cours des 12 derniers mois était associé à :
–des caractéristiques sociodémographiques : âge inférieur à 45 ans, naissance à l’étranger, résidence dans une commune de plus de 100 000 habitants (par rapport à une commune de moins de 2 000 habitants) ;
–des variables de santé : suivi régulier par un médecin abordant la santé sexuelle, séropositivité VIH, séronégativité VIH avec PrEP, séronégativité sans PrEP (par rapport à un statut VIH inconnu), vaccination anti-VHB déclarée ;
–la sexualité au cours des 6 derniers mois : rencontre des partenaires sexuels dans des lieux de convivialité gays ou sur des applications gays/Internet, multipartenariat, pénétrations anales avec des partenaires occasionnels.
Positivité déclarée du dernier test de dépistage de l’hépatite B
Parmi les répondants dépistés pour l’hépatite B au cours des 12 derniers mois, 1,06% déclaraient que le résultat du dernier test était positif. Cette proportion était près de 5 fois plus élevée chez les hommes de 45 ans ou plus (2,44% vs 0,50%, p<0,001) et 2 fois plus chez ceux nés à l’étranger (2,42% vs 0,95%, p<0,001) (tableau 3).
Agrandir l'imageLa proportion d’hommes indiquant un résultat positif au dernier test VHB variait selon le statut VIH et l’usage de la PrEP : 0,73% et 0,84% pour les séronégatifs, avec et sans PrEP respectivement, 2,45% pour ceux ignorant leur statut, et 3,37% pour les séropositifs (p<0,001). Elle était plus faible chez les répondants vaccinés contre l’hépatite B (0,64%) que chez les non-vaccinés ou ceux ignorant leur statut vaccinal (2,50%, p<0,001).
Un résultat positif au dernier test était aussi plus souvent rapporté par les HSH indiquant des pénétrations anales avec un partenaire occasionnel, sans utilisation systématique du préservatif, au cours des 6 derniers mois (1,39% vs 0,73%, p<0,01).
En analyse multivariée, les facteurs associés à un résultat positif incluaient un âge de 45 ans ou plus, être né dans un pays étranger et une situation financière juste ou difficile. La positivité du dernier test VHB était significativement associée à la séropositivité pour le VIH (par rapport à la séronégativité sous PrEP), un diagnostic d’au moins une IST ou l’absence de test d’IST au cours des 12 derniers mois, se déclarer non vacciné contre l’hépatite B ou ignorer son statut vaccinal, et la rencontre des partenaires sexuels principalement sur Internet ou des applications gays au cours des 6 derniers mois.
Vaccination déclarée contre l’hépatite B
Environ deux tiers des répondants (67,5%) indiquaient être vaccinés contre l’hépatite B (1 dose pour 10,5% d’entre eux, 2 ou plus pour 62,7%, nombre inconnu de doses pour 26,8%), contre 14,8% qui déclaraient ne pas être vaccinés et 17,7% qui affirmaient ne pas savoir.
La proportion d’hommes ignorant leur statut vaccinal s’élevait à 31,1% chez les 18-24 ans (vs 15,3% chez les 25 ans et plus, p<0,001). Elle était significativement plus élevée chez les hommes sans suivi régulier par un médecin abordant la santé sexuelle (25,3% vs 10,4%, p<0,001), chez les non-dépistés au cours des 12 derniers mois pour l’hépatite B (25,4% vs 10,8%, p<0,001) ou pour les IST (27,1% vs 10,7%, p<0,001), chez ceux méconnaissant leur statut VIH (37,2% vs 15,3%, p<0,001), et chez les non-vaccinés contre le VHA ou ignorant leur statut (21,2% vs 2,3%, p<0,001).
Le taux de vaccination déclarée était significativement associé en analyse univariée à l’ensemble des variables étudiées (tableau 4). Il était de 78,9% chez les HSH séropositifs, 89,3% chez les séronégatifs sous PrEP, respectivement 79,4% et 71,0% chez ceux ayant un diagnostic d’IST et d’hépatite C au cours des 12 derniers mois, 70,7% chez les HSH multipartenaires et 76,3% chez ceux ayant pratiqué le chemsex par injection au cours des 6 derniers mois.
En analyse multivariée, se déclarer vacciné contre l’hépatite B était associé à un âge supérieur ou égal à 25 ans, être né en France, résider hors Île-de-France et dans une commune de 2 000 à 100 000 habitants (par rapport à une commune de plus de 100 000 habitants), un niveau d’études supérieur au baccalauréat et une situation financière correcte ou satisfaisante. Les variables de santé significativement associées à la vaccination anti-VHB déclarée étaient le un suivi régulier par un médecin abordant la santé sexuelle, le dépistage pour l’hépatite B ou pour une IST au cours des 12 derniers mois, la vaccination déclarée contre l’hépatite A et la Mpox, la connaissance du statut VIH. Les hommes indiquant moins de 2 partenaires sexuels masculins au cours des 6 derniers mois se déclaraient plus souvent vaccinés que ceux en rapportant au moins 6.
Agrandir l'imageDiscussion
Nos résultats d’analyse des données Eras 2023 montrent que parmi les répondants HSH sexuellement actifs au cours des 12 derniers mois, environ la moitié indiquaient avoir été dépistés pour l’hépatite B au cours de cette période, dont 1% rapportaient un dernier test positif. Environ deux répondants sur trois se déclaraient vaccinés contre l’hépatite B, et 18% ignoraient leur statut vaccinal.
Le recours déclaré au dépistage de l’hépatite B au cours des 12 derniers mois (53%) était proche de celui observé pour le VIH (54%), le VHC (54%) et les autres IST (57%). Il était moins fréquent que dans une étude réalisée en 2014-2015 (64%), mais celle-ci portait sur des consultants d’un centre de santé sexuelle communautaire parisien 8. D’après nos résultats, le dépistage du VHB était plus souvent rapporté par les HSH ciblés par les recommandations de dépistage et de vaccination 3. Les niveaux de dépistage observés sont d’interprétation difficile car ils concernent l’ensemble des répondants, vaccinés ou non. De plus, les recommandations de dépistage n’indiquent pas de fréquence de réalisation en l’absence d’immunisation.
Les facteurs associés au dépistage de l’hépatite B, en analyse multivariée, sont cohérents avec ceux de la littérature concernant le dépistage du VHB ou d’autres IST chez les HSH 9,10,11,12,13 ou en population générale 1,14. Un suivi médical régulier en santé sexuelle, permettant de multiplier les opportunités, d’identifier de possibles expositions à risque et de proposer le dépistage des IST et du VIH 1,10,11,12,15, était le facteur le plus fortement associé au dépistage de l’hépatite B. Résider dans une grande agglomération, assurant une bonne accessibilité de lieux de dépistage est également un facteur favorisant bien décrit 1,12,13, malgré l’élargissement de l’offre de dépistage de l’hépatite B au cours des dernières années. Le déploiement, depuis septembre 2024, du dispositif Mon test IST 16, permettant le dépistage de l’hépatite B sans prescription dans les laboratoires de biologie médicale, pourrait réduire en partie ces inégalités territoriales d’accès au dépistage. Dans notre étude, le dépistage de l’hépatite B était aussi associé à la fois à des pratiques sexuelles à risque (multipartenariat, pénétrations anales avec des partenaires occasionnels sans usage systématique du préservatif), et à des comportements préventifs (PrEP, vaccination et dépistage d’autres IST), comme précédemment décrit en population générale 1,14 et chez les HSH pour d’autres IST 9,11,13,15,17. Le dépistage de l’hépatite B, puis la proposition de vaccination aux personnes non immunisées, sont recommandées avant l’initiation de la PrEP 18.
Le taux de positivité VHB chez les HSH dépistés au cours des 12 derniers mois (1%) est proche de la prévalence estimée chez les HSH en France (0,6%) 2 ou en Europe (0,7%) 19, sans doute en lien avec le recours relativement important au dépistage dans notre population d’étude. En analyse multivariée, le taux de positivité était significativement plus élevé chez les HSH exposés au risque de contamination par le VHB, en cohérence avec les facteurs décrits dans la littérature 1,2,20,21 : naissance à l’étranger, séropositivité VIH, absence de vaccination anti-VHB ou statut vaccinal inconnu, diagnostic d’IST au cours des 12 derniers mois ou absence de dépistage, situation financière juste ou difficile. Le facteur le plus fortement associé à la positivité du dernier test était l’âge supérieur ou égal à 45 ans (RP ajusté de 4,8 par rapport aux 30-44 ans ; taux de positivité de 2,4% vs 0,5% pour les moins de 45 ans). Ceci s’explique probablement par le moindre recours au dépistage au cours des 12 derniers mois, et par la plus grande fréquence de la séropositivité VIH et de pratiques sexuelles à risque déclarées pour cette classe d’âge. En 2017 et 2019, les répondants d’Eras d’au moins 45 ans se caractérisaient aussi par un moindre recours au dépistage répété du VIH 13.
L’hépatite B était l’infection pour laquelle le taux de vaccination déclarée était le plus élevée (68%) parmi celles étudiées dans l’enquête (hépatite A, Mpox, méningocoque, papillomavirus), probablement car il s’agit d’une vaccination plus ancienne et aux recommandations plus larges 3. La proportion d’HSH se déclarant vaccinés contre l’hépatite B était en augmentation par rapport aux éditions 2019 (60%) et 2021 (62%) d’Eras 22 ou de l’enquête Prevagay 2015 (63%) 2. Cette tendance à la hausse des taux de vaccination chez les HSH a été mise en évidence par une méta-analyse internationale entre 2000 et 2015 (de 46% à 74% pour l’hépatite B) 23, mais n’a pas été observée entre les éditions 2010 et 2017 de l’enquête Emis (European MSM Internet Survey) 24. Selon Emis-2017, la proportion d’HSH indiquant être vaccinés contre l’hépatite B était plus faible en France (56%) 25 que dans les autres pays d’Europe de l’Ouest et au Royaume-Uni (60-77%) 24. Le taux de vaccination déclaré dans notre étude était aussi inférieur à ceux issus de deux études de méthodologie proche, réalisées chez des HSH en 2022, au Royaume-Uni (72%) 26 et en France (76,3%) 27. Cependant, cette dernière enquête portant spécifiquement sur la vaccination, un biais de sélection en faveur des HSH les plus sensibilisés à la prévention est probable.
Pour les HSH ciblés par les recommandations vaccinales (multipartenaires, séropositifs, PrEPeurs…) 3, le taux de vaccination anti-VHB déclaré était plus élevé que chez ceux qui étaient non ciblés, mais il demeure insuffisant au regard de l’objectif fixé par la stratégie nationale de santé sexuelle (80%) 5, à l’exception des HSH sous PrEP. Cependant, même dans cette dernière population faisant l’objet d’un suivi très protocolisé, une étude à partir de l’essai ANRS-Ipergay a montré une immunité vaccinale sous-optimale puisque, parmi les sujets non immunisés à l’initiation de la PrEP, seuls 78% avaient bénéficié d’un schéma vaccinal complet, parmi lesquels 80% étaient immunisés 28. La persistance d’opportunités manquées de vaccination à l’initiation de la PrEP a également été documentée pour le papillomavirus 29. La mise sous PrEP constitue une réelle opportunité pour atteindre, ou du moins s’approcher, des recommandations de couverture vaccinale, pour une population dont l’exposition aux différentes IST est importante, et pour laquelle la vaccination est un levier primordial.
En analyse multivariée, la vaccination anti-VHB était principalement associée aux caractéristiques sociodémographiques et au recours aux soins. Le niveau d’études supérieures et une situation financière favorable, associés à un meilleur taux de vaccination, sont des facteurs classiquement décrits chez les HSH 2,24,26, comme en population générale 14,30. La plus faible proportion d’HSH vaccinés chez les plus jeunes a aussi été observée en France dans Emis-2017 (47% chez les moins de 30 ans, vs 60%) 25. Elle s’explique en partie par une plus grande méconnaissance de leur statut vaccinal (31% vs 15% pour les 25 ans et plus), également observée en Europe selon Emis-2017 24. Une analyse des données d’Eras-2019 avait aussi montré que près de 30% des HSH de 18-28 ans ignoraient leur statut vaccinal anti-HPV 31. Cette méconnaissance du statut vaccinal anti-VHB, préoccupante chez les plus jeunes qui initient leur vie sexuelle, était aussi importante tous âges confondus (18%). Elle interroge sur l’articulation entre le dépistage et la vaccination, puisque le dépistage recommandé des trois marqueurs sérologiques permet de documenter l’immunité vis-à-vis du VHB, et ainsi de proposer la vaccination aux personnes éligibles non immunisées par la vaccination ou une infection antérieure.
Nos résultats doivent être interprétés avec prudence, s’agissant de données déclaratives sur une maladie pour laquelle le niveau de connaissances demeure insuffisant 14,25,32. Elles sont en outre soumises au biais de mémoire, notamment pour la vaccination qui a pu être réalisée, pour une partie des répondants, au cours de la petite enfance, donc possiblement sous-déclarée. D’un autre côté, le taux de vaccination déclarée surestime le niveau d’immunité vaccinale, car il ne tient pas compte du nombre de doses reçues et de la réponse à la vaccination. Cette discordance entre couverture vaccinale, basée sur des données déclaratives, et immunité vaccinale, évaluée à partir de tests sanguins, est bien décrite dans la littérature 33,34. Il convient aussi de souligner les limites méthodologiques de l’étude Eras, basée sur un échantillon de convenance, tendant à sur-représenter les HSH les plus identitaires, les jeunes, les urbains, les socialement favorisés 35, et les plus sensibilisés aux questions de prévention 36. Les résultats de cette étude ne peuvent donc pas être extrapolés à l’ensemble de la population des HSH 35.
Cette étude repose toutefois sur un large échantillon de près de 20 000 répondants présentant une diversité de profils sociodémographiques et affinitaires. Ses résultats suggèrent un niveau insuffisant d’immunité vaccinale chez les HSH ciblés par les recommandations vaccinales et une méconnaissance importante du statut vaccinal, particulièrement chez les 18-25 ans. Ils montrent également que les inégalités sociales et territoriales de santé se maintiennent (lieu de naissance et de résidence, niveau d’études, situation financière). Les HSH de 45 ans et plus sont également des populations qui mériteraient des actions de prévention ciblées. Nos résultats soulignent également l’importance d’aborder la santé sexuelle dans le cadre du suivi médical et d’une meilleure prise en charge des problématiques de santé des HSH.
Conclusion
En conclusion, ces résultats incitent à poursuivre les actions de prévention à destination des HSH. L’offre de dépistage et de vaccination s’est diversifiée ces dernières années, et renforcée au niveau territorial avec, par exemple, la mise en œuvre du dispositif Mon test IST dans les laboratoires de biologie médicale, ou encore la possibilité de prescription et d’administration par les pharmaciens d’officine des vaccins inscrits au calendrier vaccinal pour les plus de 11 ans. Une communication adaptée (via par exemple des sites tels que Sexosafe, des applications de rencontres, des influenceurs) sur les différents moyens, lieux et acteurs de la prévention, serait sans doute utile. Une offre de dépistage en ligne, à l’instar de ce qui est mis en place pour les infections à chlamydia et à gonocoque dans le cadre de Mon test IST pourrait également être une piste. Nos résultats suggèrent aussi la nécessité d’une meilleure articulation entre le dépistage et la mise à jour du statut vaccinal (proposition systématique de vaccination aux HSH non immunisés répondant aux recommandations vaccinales), par exemple via le déploiement d’outils numériques (tels que Mon Espace santé). Celle-ci est essentielle pour espérer atteindre l’objectif d’une CV de 80% chez les HSH à risque élevé d’exposition d’ici 2030, fixé par la stratégie nationale de santé sexuelle, et contribuer à l’élimination mondiale des hépatites virales.
Liens d’intérêt
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêt au regard du contenu de l’article.
Financements
L’étude n’a pas été financée par des organismes privés.
Remerciements
Nous remercions l’ANRS MIE pour son soutien, notamment par la mise à disposition d’un poste de moniteur d’études en sciences sociales, Bérangère Gall et Solange Brugnaux (BVA) pour la qualité de leur travail dans la mise en œuvre des enquêtes, Sandra Alonso pour le travail préparatoire réalisé sur les données de l’édition 2021, nos partenaires associatifs pour leur soutien et leur relai des enquêtes dans leur réseau, et l’ensemble des hommes gays et autres hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes ayant pris le temps de répondre à l’enquête Eras 2023.
Références
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